vendredi 10 février 2012

Aimer c'est résister?


Aimer, c’est résister ? 
Encore faut-il y croire et plus encore, sans doute, faut-il parvenir à s’y tenir alors que tout semble concourir à nous en dissuader. Parce que c’est la Crise, la menace terroriste, parce qu’il ne fait pas bon croire. Sauf peut-être au cynisme, au défaitisme, voir au nihilisme, toute cette flopée de -ismes portés en une atroce et grinçante mélopée par des chantres maladifs qu’il faudrait admettre comme seuls lucides au milieu de cette époque où ne règneraient que des fous aveugles et moutonnants.

Et pourtant... Aimer, c’est résister. Parce qu’aimer c’est croire au singulier, parce que c’est, non pas aimer en général, mais en particulier, un, une, malgré tout. Parce que c’est, encore et toujours, inventer à deux, ici et maintenant, la trouée singulière, exemplaire et pourtant non reproductible qui permet l’échappée belle au milieu du désastre. Et ce, mais encore faut-il s’en rappeler, quel que soit le contexte ou la nature de cet amour. Parce qu’entre les êtres parlants, c’est toujours et uniquement cela qui est en jeu. Et pas seulement dans le couple, cette entité asociale haïe de toute société, qui, souvent malgré elle, fait irréductiblement front à la masse et au commun.

Non, c’est également ce qui se joue avec nos enfants, nos parents, nos proches et même dans nos relations professionnelles. Mais encore faut-il en savoir quelque chose de cette histoire-là, disait Jacques Lacan.

Alors évidemment, lorsque Paul Leroy-Beaulieu et Vincent Bernard m’ont proposé de diriger la parution d’un recueil dans cette collection des 10, c’est ce thème-là qui s’est immédiatement imposé. Aimer, c’est résister, pour ce que je peux en savoir après une quarantaine d’années passée à cheminer avec moi-même et avec quelques autres, et plus particulièrement aujourd’hui, ici et là, au sein de ce collectif Cid Errant Prod qui n’a de cesse de montrer qu’effectivement, Aimer, c’est résister.

Aimer, c’est résister, donc. Toujours et seulement de manière singulière, comme le disent finalement au cœur de ce recueil 2.0 les écrivains, les illustrateurs et la compositrice qui s’y sont engagés avec humour, force, douceur, tendresse et dérision, prouvant, je le crois, qu’aimer au milieu de ce monde, c’est faire preuve de courage, d’audace et de lucidité.