mercredi 30 novembre 2011

Vanda, DSK, le numérique et moi et moi et moi...


Dans le fond, chacun en conviendra, au moins en matière de littérature, rien ne sera jamais plus obscène que de tenter de justifier un texte.
Un texte qu'on soutient est un texte qui tombe, écrivait ce cher Rivarol, dont la traduction de l'Enfer de Dante, en eBook, flotte, quelque part, dans la bibliothèque numérique de mon Iphone. Si cette affirmation est vraie pour un livre d'encre et de papier, l'est-elle pour un texte numérique ? Sans doute.
C'est pourquoi il ne sera pas question ici de justifier ou de soutenir les textes qui composent ce recueil, mais bien d'évoquer l'acte même de participer à cette publication numérique.
Parce qu'il est évident que ce projet, dès son origine, m'a confronté à un double dilemme : le premier sur le
fond, cette affaire DSK qui aura charrié plus de torrents orduriers que les inondations de ce début d'automne, de boue dans les travées proprettes de ces sacro-saintes stations balnéaires désertées  -sur la plage abandonnée, sacs poubelle et vieux papiers-torrents de merde, limon puant de tous les populismes dont j'avais autant que faire se peut, tenté de me garder éloigné et qui pourtant aura fini par me rattraper au détour de quelques statuts, de quelques commentaires lâchés dans les rizières saumâtres abreuvant le rhizome; le second concernant évidemment l'édition numérique, bien qu'un éditeur indélicat ait déjà procédé, sans m'en avertir, à la numérisation de certains de mes textes.

Sur le premier point, ma réaction instinctive lorsque mon ami Vincent Bernard m'a fait cette proposition à la toute fin du mois de septembre, alors que nous préparions EFFRACTION#1, fut un évident " Mais ça va pas la tête ?!", a priori en accord avec ce refus de participer au carnage depuis la mi-mai. Je dis bien a priori parce qu'à y réfléchir de plus près et dès lors que, comme je l'évoque plus haut, je n'avais pas réussi à garder un silence total sur la question, s' offrait là, un cadre où pouvoir sortir du commentaire, de la déjection labiale et tenter de revenir à quelque chose de l'ordre de la littérature, tout au moins de la langue écrite, ne fut-ce que pour mille mots, puisqu'il ne s'agissait pas non plus de prétendre faire "œuvre" en quelques semaines, pas plus qu'il n'y avait de désir à sombrer dans l'analyse journalistique ou le commentaire sociopathologique.
Évidemment, participer à un projet collectif aurait pu être un autre frein nourrissant quelque obséquieux souci de savoir avec qui, vouloir connaitre et donc lire les autres, estimer la tendance, mesurer la pente, bref, trouver là, finalement, des prétextes, des arguties plus que des arguments, et céder raisonné dans ce que j'exècre le plus : ces petits à-quoi-bonnismes qui, l'air de rien, goutte d' eau crasseuse après goutte d' eau crasseuse emplissent ces marécages de lâchetés et de désengagement, où nous pataugeons mi-fiers mi-résignés dans la pénombre d'un quotidien désenchanté. Je n'ai donc finalement rien demandé à Vincent, rien voulu savoir,  seulement supplié Vanda de me suivre dans cette histoire, de prendre pour la première fois le risque de sa langue, lui rappelant que nous étions seuls à tenir la barre de notre propre éthique, que les acrimonies entoilées n'ont d'autre gémellité que le venin des vipères, l'odeur âcre du pourrissement des cimetières.
Sur la question du support, de l'acceptation volontaire de la publication numérique, il me semble et cela depuis plusieurs années déjà, que loin de remettre en cause ou de s'opposer à la frange tout de même relativement mince d'éditeurs classiques dignes de ce nom, l'édition numérique, parce qu'elle garde la souplesse du web tout en introduisant la notion de paiement et ose donc mettre une valeur, un prix à ce qui s'écrit, plus exactement parce qu'elle rappelle que ce qui se pense et s'écrit a une valeur, que tout ne se vaut pas, que ce qui se pompe gratuitement au quotidien d' artistes, d'écrivains ou d' intellectuels que la toile peut promouvoir, à la seule condition qu'ils se donnent tout entier à l'insatiable voracité curieuse du commun qui les sonde, les creuse, les ravage, les plagie, les insulte, les poursuit en justice et finalement, summum de l'abjection de ce temps, les interchange, les concasse et les mélange, abrasant jusqu'à l'os cette singularité irréductible qui pousse désespérée un effroyable cri mutique.

Comme on ne se paye pas de mots, disent certains, on ne se paye pas de "j'aime".

Mais évidemment, à avoir bâti sur des fondations bouffées par le chancre du "puisque tout se vaut rien ne vaut", le populisme revêtu du masque de l'égalité autorise le plus absurde des cancres à noter l'hideux premier de la classe, cet imbécile  laborieux qui, à la jouissance du tripotage de ses premières merdes, préfèrera l'élaboration fastidieuse d'une cabane de berger- que peut-être personne ne visitera jamais-au sommet d'un pic rocheux, difficile de construire des châteaux, fussent-ils écolo-admissibles, qui ne soient pas de carton-pâte inlassablement recyclables, dans les usines à produire de la mélasse de même à goût de rien.
Cependant, si les éditeurs numériques d'aujourd'hui et de demain savent parier sur l'éthique plutôt que sur l'économique, ils pourraient à profit débarasser les éditeurs classiques du poids oppressant d'une actualité qui leur impose de céder au diktat du vide et de l'urgence vaporeuse, chacun se partageant ainsi, avec ses moyens, ses besoins, ses couts et ses délais, le champ vaste et prolifique de la littérature contemporaine.

Bref, c'est pourquoi, avec Vanda, nous avons accepté l'aventure et publié ces deux mille mots (mille mots chacun) dans la plus parfaite liberté de forme, de ton et de propos, deux mille mots qui pour être lus devront être payés et qui, dans le même mouvement, nous libèrent ainsi définitivement de l'absurde cancanage - le mot est laid, je vous l'accorde, comme l'infection sonore qu'il désigne - et qu'on - ce petit con dont personne  ne connait le nom - voudrait nous faire croire qu'il touche non seulement à l'urgence, mais pire, à l'essentiel...

De même qu'il nous est désormais possible de ne plus rien en dire d'autre ailleurs que ce que nous en avions à dire ici, elle et moi, dans la juste mesure qui allie notre éthique et notre responsabilité.
Deux petites suites 2806 parmi les 10 petites suites 2806 qui composent ce recueil, à lire ici: EDICOOL , avec nos sincères remerciements tant à Vincent Bernard, qu'à Paul Leroy- Beaulieu.