lundi 13 juin 2011

Revue d'artillerie : Pax Machina- Projet

L’envie de créer ensemble un spectacle qui nous permette de croiser nos disciplines respectives est sans doute né quelque part entre « Ce si proche Orient » et les présentations de « Lawrence d’Arabie – À contre-corps ». Et sans doute que le premier essai qui nous a permis d’allier texte et musique originale, n’a pas été sans conséquence sur notre décision de nous lancer dans cette aventure...
La paix, sujet difficile s’il en est, tant par sa nature que par la manière dont il est habituellement traité, devenu lieu commun tout juste bon à faire reluire le diadème de Miss France sur les plateaux de télévisions des chaînes publiques tandis que retentissent les rires gras des cyniques bon teint dont la posture semble garantir, aux yeux du monde, la qualité d’une intelligence qui ne s’en laisse pas compter, nous a semblé mériter que nous lui accordions toute l’exigence artistique, qu’elle soit littéraire ou musicale, dont nous sommes capables. Et si le cadre offert par la forme un peu désuète de l’oratorio nous a semblé le plus juste et le plus pertinent pour y parvenir c’est sans doute parce qu’il laisse à la musique comme au texte, toute la liberté de ne céder en rien sur l’exigence.


En effet, si le théâtre contemporain tend de plus en plus à exclure de son champ l’écriture dramatique au profit de ce qu’il convient de nommer « les écritures scéniques », barbarisme qui ne s’appuie sur aucun autre fondement que celui de tenter de dissimuler une peur croissante des mots, de l’ambiguïté de leur sens, cet équivoque du langage dont on ne sort jamais, comme l’écrivait le psychanalyste J.Lacan, il entretient ce déficit de complexité nécessaire à une juste appréhension d’un monde qui ne cesse de le devenir, au profit d’une utilisation accrue et à notre sens mortifère, des images dont nous sommes pourtant, pour le moins, sursaturés...
De même que les difficultés récurrentes à la diffusion culturelle frappent le théâtre, elles frappent également la musique classique, cette musique dite « savante » dont sont exclus de bien trop nombreux publics... Et sans doute que l’opéra en est le plus parfait paradigme.

C’est pourquoi nous avons souhaité créer, comme une première étape, cet oratorio, forme plus légère que l’opéra, mais qui nous laisse à l’un comme à l’autre, le champ libre pour composer une musique tout à la fois exigeante et accessible à tous, ouvrant son champ aux influences orientales, ainsi qu’à l’écriture d’un texte qui se refuse à céder tant sur la poésie que sur la complexité du thème qu’il aborde : La Paix.

Soucieux de ne pas réduire la musique, ce langage universel, à une seule aire culturelle, Jalil Cherraf a choisi et composé une œuvre qui permet un voyage à travers les traditions et les cultures et qui, tout naturellement, conduit vers une certaine idée de la modernité et donc du monde, dont nous osons rêver les yeux ouverts...
Franck-Olivier Laferrère, quant à lui, fort de ce soutien musical ,riche et multiple, a tenté d’écrire un texte qui rappelle la permanence de la guerre à travers l’Histoire des civilisations, le chemin difficile qu’il fallut parcourir pour parvenir à établir une paix durable en Europe, interpellant Kant et son « Projet de paix perpétuelle », mais aussi Pascal, qui semble condamner l’homme aux jeux de guerre, non seulement pour fuir l’insupportable ennui, mais aussi, sans doute, cet insupportable face à face avec lui-même ; saluant Hölderlin qui voyait « là où croît le péril », croître également « ce qui sauve », tout en essayant de contourner la sentence d’Adorno qui n’imaginait pas que l’on puisse encore écrire de la poésie après la Shoah pour tenter de conclure, enfin, tout à la fois avec et contre Primo Lévi...