lundi 21 mars 2011

Archéologie d'un péristyle amoureux

Plus un reflet dans le miroir aux alouettes. La nuit planta ses longs couteaux et troubla l'eau vide, comme à l'infinitésimale origine.

Au petit matin, pour l'oeil commun, il ne restait rien qu'un lac aux eaux sombres, couleur d'encre, dont le clapotis murmurait à l'oreille avertie : une illusion est morte cette nuit. Je l'ai engloutie.
Sur la grève pourtant, restaient les traces de pieds d'une femme et , dans l'air, le bruissement à peine perceptible d'une plume sur les pages d'un petit carnet rouge...

L'Ovide vint enfoncer son pas, dans les traces fraîches. Vigie des siècles, le vieux poéte chanta l'épilogue :

Esto memor, celui qui a fait naufrage tremble devant les flots tranquilles.

Avec le soir, étrangement, le vent se mit à souffler, étendant ses bras hideux sur la cime des arbres du petit bois. Le craquement des branches sèches couvrait maintenant le chant fiévreux de sa plume noire courant sur les pages du petit carnet rouge...Elle frissonna...L'orage grondait, puissant et lourd comme une menace définitive, mais elle savait qu'avec lui viendrait le temps de la sérénité...Ce temps béni qui la protègerait enfin des derniers chiens de la meute la traquant encore et qui, repoussés par la démence du ciel, reflueraient vers les ruelles tristes de la ville sombre.
Elle n'aurait bientôt jamais plus besoin de fuir, seulement de guetter celui dont l'oreille avertie saurait entendre le chant singulier de sa voix couchée sur le papier...Qui saurait la retrouver où qu'elle soit, glissant entre les lignes comme elle, la suivant, pas à pas, au rythme de son souffle.
Il était là, si proche, à un geste du dernier dépouillement, du seul réellement attendu...Elle le savait. Elle l'avait toujours su.


Depuis la nuit des temps, se disait-elle, se souvenant alors, l'illusion avalée par le grand lac, qu'elle avait bien plus de mille ans.

© texte VV et FOL - Juin 2010
illustrations Gustave Doré, la Divine Comédie - Dante