mercredi 16 février 2011

Un festival ? Mais pour quoi faire ?

Voilà bien un fait admis de tous, le rire jaune qui s'échappe malgré soi, dès que sont réunis à une même table plus de trois hommes ou femmes de l'art...Là où subsistent plus de trois pierres les unes sur les autres, de préférence sèches et indatables, pousse un festival...
L’idée romantique sans doute que des ruines surgira la beauté, comme du chaos l’étoile du grand Nietzsche…À moins que ce ne soit la volonté des édiles contemporains de garantir la distraction de leurs ouailles au milieu du désastre… qui sait ?
Ce qui est certain, par contre, c’est qu’il n’y en a plus un seul suffisamment fou pour nourrir l’espoir de peut-être créer une issue supplémentaire aux milliers de jeunes artistes et de compagnies exsangues qui cherchent désespérément les points de diffusion comme les poissons rouges l’oxygène hors de leur bocal…

Décidemment, créer la possibilité de penser la place de l’Art, professionnels et publics ensemble, se fait rare…
Pourtant, il y a urgence…
D’une part parce que rien ne semble en mesure de mettre à bas les barrières mentales qui se dressent irrémédiablement entre certains publics et l’art dès lors que celui-ci échappe aux représentations communautaire et d’autre part, parce qu’il y a bien longtemps que Le lieu de la représentation de la cité n’est plus le théâtre, que pour la très grande majorité de nos concitoyens, il a effectué un premier glissement vers la télévision avant d’en opérer un second, qui se déroule en ce moment même sous nos yeux,  en direction d’internet…
Ne suis-je pas moi-même en train d’écrire cet édito sur le site de Cid Errant Prod, en songeant qu’il sera relayé sur Facebook et peut-être même Twitter, simplement parce qu’il me semble que c’est effectivement là, le lieu juste où le faire ?
Bien ou mal, le problème, à mon sens, ne loge déjà plus là, mais seulement dans la question : qu’inventons-nous ?
- Pour que les publics (Aucun public n’ayant en la matière, je le crains, le monopole de l’enfermement et du repli sur soi.) aient à cœur de prendre le risque d’une rencontre véritable avec des expressions artistiques qui pourraient, pourquoi pas, les bousculer (que ces dernières soient théâtrales, littéraires, picturales, sonores ou tout cela à la fois...)
- Pour que cette génération internet apprenne que s’il n’y a pas de pensée sans le corps qui la soutient, il ne saurait y avoir de rencontre véritable, et donc de possibilité d’inventer un mouvement commun pour demain, sans la rencontre des corps dans le réel...
- Pour qu’internet soit réellement ce vecteur, cet outil émancipateur que nous sommes en droit de souhaiter le voir devenir, plutôt que le cache-misère d’une solitude contemporaine qui ne cesse d’aller croissante…
Si ce collectif artistique s’ingénie à vouloir, envers et contre tout, penser la réappropriation de l’espace urbain par les artistes et les publics au travers d’une nouvelle forme de festival, c’est bien parce que nous sommes convaincus que c’est le lieu juste où pouvoir penser ensemble l’avenir. Non seulement celui de nos professions, mais aussi, pourquoi pas, celui de cette cité dont nous partageons le sort, que nous y prenions une part active ou que nous le subissions…
Mais il s’agit bien de penser ensemble, que nous soyons en accord ou en désaccord, et plus sûrement encore si nous sommes dans le second cas plutôt que le premier, l’endogamie, qu’elle soit charnelle ou intellectuelle, ne pouvant qu’irrémédiablement sonner le glas de toute société ou micro société qui la pratique...


Et si nous avons choisi de nommer ce projet ainsi : EFFRACTION, c’est bien parce que nous pensons que ce n’est qu’au prix de réussir à ouvrir une brèche dans ce qui semble irrémédiablement clos (discours, espaces, communauté, etc...)que nous y parviendrons peut-être...
 À suivre...